Objectif Terre  Environnement  | 26.02

AUTEUR Sandra Zanelli /Egid | PHOTOS DR,

Ils volent au secours des oisillons égarés

Ils volent au secours des oisillons égarés Ils volent au secours des oisillons égarés

A cette saison, il n’est pas rare de trouver un jeune oiseau loin de son nid. Comment réagir et à qui le confier? Visite au Centre ornithologique de réadaptation de Genthod (GE), qui recueille chaque année de nombreux oisillons

Bien que les nichées soient plus tardives, ce printemps, à cause du mauvais temps, tout  promeneur peut s’attendre à croiser un oisillon égaré loin de ses parents nourriciers. Parmi ces juvéniles maladroits ou téméraires, bon nombre sont pris en charge par le Centre ornithologique
de réadaptation de Genthod (COR), une association créée en 1975 pour recueillir les volatiles blessés, malades ou orphelins, dans la région de Genève et environs. Rien d’étonnant donc à ce  que le printemps soit la saison la plus chargée pour les collaborateurs du centre. D’ailleurs, une pancarte fixée sur une porte annonce la couleur: interdiction de prendre des vacances pendant la période de tombée du nid! Et pour cause: pas moins de quarante appels sont enregistrés quotidiennement. Et en été, il n’est pas rare de voir débarquer une dizaine d’oisillons par jour.


Ces petits becs affamés, il s’agit surtout de les nourrir, telles ces minuscules mésanges bleues à peine emplumées auxquelles Stéphane Rütsche donne la becquée dans l’infirmerie. «Elles sont âgées d’une semaine. Au départ, il y en avait sept, mais seules deux d’entre elles ont survécu. Peut-être est-ce à cause d’une maladie qui s’est transmise dans la fratrie», déplore le bénévole.
Ce duo de juvéniles ne lui donne pas de répit. Pas facile de remplacer une mère mésange qui peut faire jusqu’à soixante voyages en une heure pour nourrir ses petits âgés de quelques jours. Au début, Stéphane alimente les oisillons avec de l’intérieur de teigne et du ver de farine.

Peu à peu, des insectes capturés dans la nature s’ajoutent en complément. Pour le bébé corneille affamé, ce sera de la viande et des fruits. Les menus sont très variés, à l’image de ce qu’on trouve dans la nature. Bref, ici, l’équipe composée d’une vingtaine de collaborateurs, biologistes, ingénieurs en gestion de la nature, ornithologues, vétérinaires, apprentis et bénévoles se relaie sept jours sur sept pour assumer les besoins de tous les pensionnaires.«C’est un travail de fou», résume Patrick Jacot, président et fondateur de ce centre financé uniquement par des dons.

Sensibiliser la population fait partie du travail de ce responsable: «Bien souvent, les gens croient que tous les oisillons trouvés hors du nid sont abandonnés, ce qui n’est de loin pas le cas. Le jeune merle, par exemple, quitte son nid avant de savoir voler. Donc la nichée est éparpillée mais continue de se faire nourrir par la mère qui repère ses petits. Pareil pour la grive, l’étourneau et la chouette», rappelle Patrick Jacot. Comment savoir? «En cas de doute, le mieux est de nous appeler pour décrire la situation, voire d’envoyer une photo depuis un téléphone portable.» 

Sous l’aile des professeurs 

Et qu’advient-il ensuite de ces orphelins ailés? Une fois grands, les juvéniles rejoignent les volières des oiseaux professeurs. Grives musiciennes, étourneaux, chardonnerets: ces résidents permanents sont handicapés à vie à la suite d’accidents. Forts de leur instinct naturel, les anciens montrent aux jeunes les comportements à adopter dans la nature.

Qui peut manger en premier? Quels sont les cris d’alerte devant un prédateur? «C’est une très bonne méthode de réadaptation, étant donné que les oisillons sont appelés à être relâchés dans la nature», explique le président. A l’instar de ces oiseaux professeurs, environ mille volatiles blessés ou malades sont acheminés chaque année au centre de Genthod. Taux de guérison: 55-60%. Parmi les trente-cinq volières bordant l’allée principale, on trouve par exemple celles des rapaces nocturnes, chouette chevêche et hibou petit-duc.

Peu de place est ici laissée au regard indiscret, tant la paroi est couverte de végétation. Se cacher est essentiel pour eux. Un rappel que ce lieu, par ailleurs interdit aux visites, n’a rien d’un parc zoologique. Plus loin, un cygne patauge dans la mare en attendant d’être relâché. On distingue nettement une cicatrice au-dessus des yeux. «Cette femelle s’est fait scalper par un fil de tram à la Tour de l’Ile, à Genève, regrette Patrick Jacot. Ces oiseaux paient un lourd tribut au centre-ville. Nous en avons soigné quarante-deux depuis novembre 2012!» Son voisin le héron cendré a quant à lui une fracture à l’aile inguérissable. Il rejoindra bientôt un congénère au zoo de la Garenne (VD).
Plus chanceux, cet épervier emmené vers la sortie par Manon Ballestracci, l’apprentie. Son histoire parle d’un choc avec une baie vitrée. Il sera relâché quelques minutes plus tard dans la forêt de Versoix, non loin du centre. Le temps de l’admirer dans les mains de la jeune fille, qui s’ouvrent enfin. Plus rapide que l’éclair, le rapace s’envole et disparaît entre les arbres. Pour ceux qui l’ont recueilli, soigné et sauvé, c’est une très belle récompense.

 

Paru dans le journal Terre et Nature

Statistiques et Crédits

Auteur | Sandra Zanelli /Egid
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