Objectif Terre  Société  | 24.06

AUTEUR Sandra Zanelli /Egid | PHOTOS SaZ,

Le bonsaï est bien plus qu’un arbre en pot

Le bonsaï est bien plus qu’un arbre en pot Le bonsaï est bien plus qu’un arbre en pot

Pratiqué par bon nombre de Romands, l’art végétal du bonsaï est centré sur le respect de la nature et la notion du temps qui passe. Eclairages avec des spécialistes et membres du Bonsaï Club de Suisse romande, qui a fêté récemment ses 35 ans.

C’est un véritable jardin éphémère qui s’est invité, à la mi-mai, dans la célèbre bibliothèque de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Ce temple de la modernité offrait un cadre insolite pour accueillir une exposition entièrement consacrée au bonsaï, un art ancestral dont le Japon a fait sa spécialité. Le Bonsaï Club de Suisse romande (BCSR) y fêtait ses 35 ans, en collaboration avec l’association d’étudiants de l’EPFL Polyjapan et le blog Actubonsai, deux entités destinées à promouvoir la culture japonaise.

Venu tout droit de Saitama, près de Tokyo, Takeo Kawabe, un maître du bonsaï mondialement reconnu, en était l’invité d’honneur. Ses ateliers et conférences ont rythmé la manifestation et attiré une foule de passionnés et d’amateurs. Il faut dire que cette culture est plutôt répandue en Suisse romande, comme le révèle Oscar Roncari, président du BCSR: «Notre association regroupe une centaine d’adhérents. Avec les trois autres clubs existant en Suisse romande, nous sommes environ 250 membres, ce qui est élevé comparé aux autres pays européens. Sans compter tous ceux qui cultivent des bonsaïs sans être aliés à une association.»

A l’entrée de l’exposition, une cinquantaine d’arbres miniaturisés par la main de l’homme sont alignés sur un fond blanc. Erable palmé, faux cyprès, pin, orme, pommier, olivier, mélèze, charme commun: autant d’espèces indigènes ou exotiques qui rivalisent d’élégance, de couleur et de style. «Les gens croient souvent qu’il existe des graines de bonsaï, fait remarquer Oscar Roncari. Or n’importe quel arbre peut se prêter à cette culture. L’essentiel est de parvenir à le faire vivre en pot, dans des conditions relativement confinées.» La plante devient alors une sculpture vivante, dont la valeur peut atteindre quelques milliers de francs. Certains des bonsaïs exposés, appartenant aux membres fondateurs du Bonsaï Club de Suisse romande, ont d’ailleurs un âge respectable d’une quarantaine d’années.

Equilibre et esthétique
On l’aura compris, le bonsaï est un art exigeant beaucoup de patience. Mais encore? Du savoir-faire. Autrement dit, avoir les gestes adaptés au moment opportun. La survie de l’arbre en dépend. «Il faut d’abord comprendre le fonctionnement du végétal. Tout est une question d’équilibre entre la partie racinaire et la partie aérienne. On est loin de l’image torturée du bonsaï, car on travaille vraiment sur son énergie. Nos différentes interventions doivent prendre en compte ces critères pour garder une plante forte, en bonne santé», explique le président du BCSR. Ensuite vient l’aspect esthétique. La taille du feuillage et des racines permet par exemple de délester l’arbre du superflu et de lui conserver la dimension souhaitée. La ligature, soit le fait d’enrouler temporairement du fil autour des branches, sert à travailler l’orientation de celles-ci. Le but recherché par ces actions: représenter le vécu et l’évolution probable de ces arbres en milieu naturel. «Prenons par exemple ce pin de montagne, poursuit le spécialiste. L’image qu’il dégage évoque des conditions rudes caractérisées par des mouvements dans le tronc, des axes marqués et une écorce craquelée. On ressent fortement cette lutte pour la survie.»

L’émotion est d’ailleurs le maître mot lorsqu’on parle de bonsaï avec des passionnés tels qu’Oscar Roncari et Takeo Kawabe. C’est aussi la base d’une philosophie de vie transmise par le maître nippon à travers ses diérents ateliers. Tout en donnant de précieux conseils sur la taille des genévriers hirsutes fraîchement plantés, le spécialiste japonais invite les participants à délaisser la technique pour se concentrer sur le message délivré par la plante: «Il y a trente ans, la mode consistait à imposer un style artificiel à son arbre, rappelle le maître. Aujourd’hui, au contraire, il est recommandé d’observer la nature pour mieux la sentir. On doit respecter les formes et les mouvements naturels du végétal. Surtout ne rien précipiter. La culture du bonsaï va à contre-courant de la société moderne soumise aux exigences d’immédiateté. Chaque intervention sur une plante aura un effet quelques mois, voire quelques années plus tard. Comme dans d’autres domaines de la vie, prendre son temps est essentiel pour acquérir un maximum d’expérience.» Nul doute que ces sages conseils trouveront un écho auprès d’un public de Romands visiblement conquis.

EN PRATIQUE: 
Où trouver des bonsaïs? Dans les jardineries ou les magasins spécialisés. Voir par exemple: www.kissling-fleurs.ch ou www.bonsai-suisse.ch.

Quelles espèces choisir? De manière générale, les arbres indigènes vivent bien en extérieur, car ils sont habitués à notre climat. Les espèces exotiques sont plus adaptées à la vie en intérieur, mais certaines conditions liées à l’humidité et à la température doivent être respectées. Bien se renseigner sur chaque espèce.

Quand les tailler? Au début, il faut laisser grandir les pousses pour permettre à l’arbre de faire ses réserves et de se fortifier. Le bonsaï à un stade abouti supporte des tailles plus régulières.

Quelle lumière leur donner? Tourner de temps en temps l’arbre pour
qu’il reçoive de la lumière partout.

Comment les arroser? Chaque espèce a ses besoins en eau qui sont plus ou moins élevés selon la saison. Si l’eau ne s’écoule pas correctement par les trous de drainage, cela peut signifier que le substrat est trop compact.

Combien de temps leur consacrer? Deux minutes par jour et par bonsaï. Ne pas oublier de confier les arbres à un proche en cas d’absence prolongée.

 

Article paru dans Terre et Nature

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Auteur | Sandra Zanelli /Egid
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