Spotlight  Environnement  | 21.05

AUTEUR Sandra Zanelli /Egid | PHOTOS N.S

Les horticulteurs romands ont aussi leurs bourses aux fleurs

Les horticulteurs romands ont aussi leurs bourses aux fleurs

Rendez-vous incontournables des professionnels de la branche horticole, les bourses aux fleurs de Chavannes-Près-Renens (VD) et de Vessy (GE) connaissent un pic d’activité pour la Fête des mères.

Au 28 de la rue de la Concorde, la bourse aux fleurs de Chavannes-près-Renens, à dix minutes de Lausanne, est en ébullition à la veille de la Fête des mères. Un événement phare qui n’a d’égal dans l’année que la Saint-Valentin. Pour les horticulteurs, c’est l’occasion de vendre une partie des plantes et fleurs fraîchement cueillies dans leurs cultures ou importées d’Europe. Cette plateforme ne dispose pas de criée, à l’instar de la célèbre bourse d’Amsterdam, mais elle leur permet de rassembler et d’écouler cette marchandise aux professionnels de la branche à des prix attractifs. En effet, chaque matin à 6h, peu avant l’ouverture des commerces, fleuristes, jardiniers, horticulteurs et paysagistes débarquent alors sur ce site de 9000 mètres carrés pour s’approvisionner en plantes, fleurs coupées, arbres, éléments de décoration et matériel de jardin. Et c’est bien la force du lieu: réunir en un seul endroit plusieurs entreprises et exploitants horticoles à même de satisfaire tous les besoins de la branche.

Au premier coup d’œil, c’est un jardin bigarré dont on devine à peine le fond. L’emplacement de chaque plante est dicté par les exigences de température propres aux espèces. Dans le hall principal chauffé se côtoient orchidées, petits citronniers et de nombreuses plantes frileuses. Dehors, sous une serre, une armée d’hortensias de toutes les couleurs tapisse les rangées. Plus loin, en plein air, la lavande, les oliviers, les plantes aromatiques, mais aussi toute la pépinière, patientent des premiers rayons de soleil, tandis que, dans la partie frigorifique, reposent les fleurs coupées, parmi lesquelles on trouve à la fois des pivoines d’Yvorne (VD) et des roses en provenance d’Amsterdam. Bref, la bourse aux fleurs abrite la gamme la plus complète de végétaux et de fleurs de qualité, à la disposition des professionnels de Suisse romande. Mais aussi des produits exclusifs, comme des pots de muguets pour le 1er mai que produit un horticulteur de La Sarraz (VD), probablement un des derniers du genre à
entreprendre cette culture en Suisse.

A l’entrée du site, une petite cafétéria permet aux clients de boire un café, parfois en compagnie d’un producteur. Le sujet de prédilection du moment porte naturellement sur la météo désastreuse de ces derniers mois. Ce qui n’empêche pas Etienne Horisberger, membre fondateur de la bourse et directeur de l’entreprise horticole Horisberger Yvorne SA, de rester positif. «C’est le printemps et on espère beaucoup rattraper le retard. Certes, les ventes de primevères et de pensées n’ont pas rencontré le succès habituel, mais on présente maintenant un tout nouvel assortiment.» La bourse aux fleurs a cette particularité pour les horticulteurs d’être à la fois concurrentielle et complémentaire. «Elle joue un rôle rassembleur. Tous les produits sont à la disposition des clients, qui choisissent selon leurs critères de sélection. Et le fait d’associer différents domaines comme les végétaux et le matériel horticole ou celui de décoration a pour effet de drainer la clientèle. C’est une réflexion d’ensemble qui prévaut dans le fonctionnement de cette plateforme de proximité.

Dans les années 60, les bourses aux fleurs sont nées dans plusieurs grandes villes de Suisse pour permettre aux horticulteurs de mettre leurs marchandises en vente de façon attractive. Réunis en coopérative ou en société anonyme, ces derniers ont pourtant vu leur nombre réduire comme peau de chagrin au fil des ans. Etienne Horisberger : «Nous sommes bientôt des dinosaures ! Dans notre profession, bien que faisant partie de l'agriculture, nous ne recevons aucune aide de l’Etat et nous sommes très tributaires de la météo et de la conjoncture économique. Cela nous place en concurrence directe avec les autres pays de l’Europe qui bénéficient, eux, de subventions. Aujourd’hui, en l’absence de successeur, un producteur local peut difficilement compter sur le rachat de son entreprise.»

Suivre les tendances
Pour pouvoir assurer les demandes issues de toute la Romandie, les producteurs locaux vendant leurs marchandises à la bourse aux fleurs cultivent annuellement environ 300 espèces sur un total de 1500 plantes commercialisées sur le site. C’est dire si la plus grande part est importée, principalement d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas, de Belgique, d’Espagne, de France et du Danemark. «En effectuant le bilan des ventes, nous réorientons notre programme de cultures chaque année. Que doit-on importer? Pourquoi ne pas produire nous-mêmes de nouvelles espèces? Les conditions s’y prêtent-elles? Est-ce que la rentabilité suivra? Par exemple, la lavande ou les roses à grosses fleurs sont produites dorénavant aussi en Suisse», se réjouit Etienne Horisberger.

Les plans de cultures des horticulteurs sont également dictés par les tendances du moment en matière de fleurs et de couleurs. «Nous ne vivons que de modes! Ainsi, les marchands de pigments décident deux ou trois ans à l’avance des futures couleurs en vogue, puis celles-ci sont reprises par les couturiers à Paris et Milan pour ensuite toucher notre domaine. Le rose et le violet, par exemple, se vendent très bien depuis quatre ans.» Un critère que l’horticulteur vaudois a pris en compte dans quelques-uns de ses élégants assortiments floraux prévus pour la Fête des mères. Il va sans dire que cette fête est très attendue par les producteurs de la bourse. Tous espèrent le retour du soleil afin d’éviter que la vente de chocolat ne prime celle des fleurs!



Bon à savoir: Comment ça marche?
La bourse aux fleurs de Chavannes-près-Renens, dans laquelle travaillent vingt-cinq collaborateurs, appartient à Plantes-Fleurs-Arbres SA, une société anonyme de dix-neuf actionnaires, producteurs actifs ou retraités. En 2007, pour des raisons structurelles, ces derniers ont sous-traité la distribution de leurs produits à cinq nouvelles sociétés actives dans les domaines des plantes, arbres, fleurs coupées, matériels décoratif et horticole. Si le chiffre d’affaires et le tonnage restent confidentiels, chacune de ces sociétés touche entre 200 et 300 clients. Les bourses de Chavannes-près-Renens et de Vessy (Ge) couvrent les besoins de toute la Romandie et sont accessibles uniquement aux professionnels, sur présentation d’une carte d’acheteur.

Article paru dans le journal Terre et Nature

Statistiques et Crédits

Auteur | Sandra Zanelli /Egid
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