Spotlight  Société  | 17.04

AUTEUR Sandra Zanelli /Egid | PHOTOS AZ

Les animaux de compagnie font le bonheur des résidents

Les animaux de compagnie font le bonheur des résidents

Chiens, chats et poissons sont-ils les bienvenus dans les établissements médico- sociaux romands? En fait, il n’existe pas de règles à ce sujet. Chaque EMS a sa propre pratique, du très restrictif au très ouvert. Reportage dans deux d’entre eux.

Au Val Fleuri, le plus grand EMS du canton de Genève, situé dans le quartier de Champel, un accueil particulier attend le visiteur. Sur l’étagère de la réception, un chat se prélasse délicieusement. Gribouille est ici chez lui et partage même son territoire avec un autre félin. Véritables mascottes, les deux chats sont brossés et caressés chaque matin par quelques fidèles résidents. Mais ce ne sont pas les seuls animaux à être accueillis dans l’établissement. En effet, chaque lundi, Daisy Cheikh-Boukal, bénévole de l’association Pattes tendues, qui promeut la thérapie assistée par l’animal en milieu hospitalier, débarque à Val Fleuri accompagnée de sa chienne, un border collie croisé.
Aujourd’hui, Falbala vient à la rencontre de deux résidents dans leur chambre. «A ce stade, la chienne sait qu’elle va travailler», explique sa maîtresse. Et pour cause: chaque tandem composé du bénévole et de son chien reçoit une formation spécifique dés son entrée dans l’association. Extrêmement docile, Falbala s’assoit, se couche, donne une patte sur demande et se laisse caresser par tout le monde. Mais le temps presse, surtout que la chienne ne peut travailler plus d’une demi-heure: «Un chien, c’est comme un enfant, on ne peut garder son attention qu’un certain temps avant qu’il ne se désintéresse», précise Daisy.

A l’étage, Suzanne Eltschinger, une résidente alitée, se réjouit de la visite. «D’habitude cette dame est très réservée, silencieuse. Mais quand elle voit des animaux, elle s’illumine», explique Laura Fazio, l’animatrice stagiaire. Et comment! Quand Falbala se couche sur le lit, face à Suzanne, cette dernière se met à la caresser et à chantonner, toute guillerette: «C’est mon petit loulou, il est gentil comme tout. Moi j’adore les bêtes!» A l’inverse, le second résident prévu au programme refusera la visite. «Il a remballé la chienne. Ce rejet la met en échec», regrette Daisy. L’animatrice ajoute: «Curieusement, ce monsieur est plus réceptif avec un autre chien qui vient le jeudi.» Mais aujourd’hui, la chienne a reçu son lot de caresses de son amie Suzanne.

Présence positive
Direction la campagne genevoise, à la résidence des Mimosas, à Genthod. Un double portail laisse deviner que la plupart des résidents souffrent de démence sénile ou de pathologie psychiatrique. Au milieu de la salle de séjour, résidents et personnel vaquent à leurs occupations sous l’œil attentif des poissons de l’aquarium. Sortie de nulle part, Elvira, une chatte siamoise, déambule dans le salon devant l’indifférence de la chienne Suzy et continue sa promenade jusqu’au jardin, peut-être pour y saluer les deux chèvres de l’EMS. Son passage furtif n’a pas échappé à Angela Sholl, sa maîtresse. La résidente se joint à la discussion avec Chantal, aide-soignante et responsable des animaux. Car ici, les nouveaux arrivants peuvent entrer avec leurs petits compagnons. «Dans mon cas, c’était un critère pour choisir cet établissement», reconnaît Angela.
La résidente est entrée à l’EMS accompagnée de son chien. «Malheureusement, il n’a pas supporté de quitter la maison et de se retrouver avec tous ces gens. Il s’est senti déraciné en quelque sorte», se souvient-elle. Devenant parfois agressif, il a été placé dans une famille d’accueil. Pour compenser son absence, Angela a donc adopté une chatte. «L’histoire de ce chien reste néanmoins un cas isolé, explique l’aide-soignante, car en général les animaux s’adaptent facilement. Les bienfaits que les bêtes procurent aux résidents sont multiples, poursuit-elle. J’ai travaillé trente ans dans les soins et je suis totalement favorable à leur présence en EMS. Souvent les résidents changent de regard dès qu’ils voient un animal. Le toucher est aussi très important, spécialement pour les malades atteints d’alzheimer. Même les poissons, à la fois distrayants et apaisants, évoquent des souvenirs.»

Reste que la présence d’animaux nécessite d’avoir du personnel chargé des soins, de l’hygiène et de la nourriture. Une contrainte qui détermine souvent la politique des EMS envers les animaux. Aux Mimosas, Chantal l’aide-soignante prend en charge les bêtes dont les maîtres ne peuvent plus s’occuper, soit la quasi-totalité. Elle met à portée de main d’Angela, réduite dans sa mobilité, les petites friandises pour la chatte. Quant à la chienne, dont la maîtresse est fortement atteinte d’alzheimer, Chantal s’en occupe entièrement. «La bête ressent cela, mais reste auprès de sa maîtresse. Au moins, elles vieillissent ensemble.»

 

Encadré: Interview


Trois questions à Francine Joseph-Murphy
Fondatrice et présidente de Pattes tendues


«On oublie souvent le drame de devoir abandonner son animal»


Comment a évolué l’accueil des animaux en EMS?

Au début des années 2000, j’allais d’un établissement à l’autre avec mon bâton de pèlerin pour convaincre des bienfaits de la thérapie assistée par l’animal. Aujourd’hui, la demande pour des visites de Pattes tendues ne cesse d’augmenter, à Genève, dans le canton de vaud et en valais. Nous manquons de bénévoles avec leurs chiens!


Pourquoi le travail de Pattes tendues est-il important?

La joie que ressentent les résidents à l’arrivée du chien est indescriptible. On oublie souvent le drame de certains d’avoir dû abandonner leur animal. Dans notre travail, nous ciblons des résidents pour qui l’impact serait plus fort. Par exemple des personnes silencieuses ou réduites dans leur mobilité. Si elles se mettent à parler ou bouger grâce au chien, notre but est atteint.

Quels peuvent être les problèmes qu’engendre la présence d’animaux en EMS?

L’hygiène d’abord. Nous sommes très rigoureux avec nos chiens sur cette question. Ensuite, dans les EMS, certains résidents ou membres du personnel n’aiment pas les animaux. Ce n’est pas toujours idéal et facile. Enfin, si des animaux y habitent, il faut une équipe sur place qui s’occupe correctement de leur bien-être. Et si le résident meurt avant son animal, bien souvent, on observe qu’un autre résident l’adopte à son tour!

Plus d’infos association Pattes tendues, Genève, rue de l’athénée 25, 1206 Genève e-mail: pattes-tendues@bluewin.ch , tél. 022 346 69 49, www.pattestendues.org

 

Article paru dans le journal Terre et Nature

Statistiques et Crédits

Auteur | Sandra Zanelli /Egid
Mots | 1'519
Signes | 8'806
Photo | AZ