Spotlight  Société  | 03.04

AUTEUR Sandra Zanelli /Egid | PHOTOS NS, © Michel CAUVET/Studio-illustre.ch

Un venin qui peut faire du bien

Un venin qui peut faire du bien Un venin qui peut faire du bien Un venin qui peut faire du bien

Nombreuses sont les vertus thérapeutiques que l’on prête aux produits de la ruche. En Suisse, si l’apithérapie reste controversée dans le milieu médical, elle se pratique par quelques spécialistes. Reportage en Valais, chez Edith Bruchez, à l’enseigne du Docteur l’Abeille.

L’abeille nourrit l’homme grâce à son miel. Mais est-ce qu’elle le soigne? Affirmatif, diront les adeptes de l’apithérapie, autrement dit la médecine des abeilles. Car les produits apicoles, riches en micronutriments, sont utilisés pour soigner divers maux. En Suisse romande, quelques rares apithérapeutes – parmi lesquels le plus souvent des apiculteurs ou des naturopathes – s’y adonnent dans la discrétion, absence de reconnaissance médicale oblige.


Direction Le Châble, et plus précisément la route de Mauvoisin, où se trouve une boutique des produits de la ruche. Son enseigne annonce la couleur: Docteur l’Abeille. Véritable caverne d’Ali Baba, on y trouve une kyrielle d’articles, du miel à l’hydromel en passant par des lotions corporelles. Edith Bruchez, propriétaire du magasin mais également naturopathe, dispense des soins dans l’arrière-boutique. Sa spécialité: l’apithérapie. Plus exactement, les massages au miel et les soins au venin d’abeille (apipuncture).


D’ailleurs, aujourd’hui, Lucas, un moniteur de ski de la région, est venu la voir pour soulager ses douleurs au bras causées par une tendinite. Comment? En se faisant piquer par des abeilles. Si l’idée en fait frissonner plus d’un, le sportif se montre totalement zen. «Plus on le fait, moins on a de réactions, remarque-t-il. Pour moi qui ai tout essayé, le résultat avec cette technique est radical: dés le lendemain, je n’ai plus de douleur.»

A ses côtés, la naturopathe ouvre une boîte perforée contenant une dizaine d’abeilles qui bourdonnent en cœur. A l’aide d’une pincette, elle en saisit une et l’approche du bras du patient. «Le venin stimule le système immunitaire, augmente la circulation sanguine et possède une puissante action anti-inflammatoire, explique-t-elle. Il faut l’injecter dans la région de l’affection ou selon les points d’acupuncture.» Alors que l’insecte plante son dard, la spécialiste donne un petit coup sec de côté. Une technique qui lui permet de garder son abdomen et de survivre. Au total, Lucas recevra une dizaine de piqûres.


«Je ne suis que la messagère»

L’apithérapeute est formelle: «Il faut rester très prudent et ne jamais piquer sans avoir exigé au préalable un test chez un allergologue.» Celle qui a été présidente de l’Association suisse d’apithérapie durant trois ans s’est initiée à ce savoir-faire en 2004, alors victime de plusieurs hernies discales: «Les médecins m’avaient annoncé qu’il ne me restait plus qu’à apprendre à vivre avec mon mal. Ayant entendu parler du venin d’abeille au cours d’une conférence, j’ai dé- cidé de me faire piquer régulièrement, ce qui me permet encore aujourd’hui de gérer mes douleurs.»

Depuis, Edith Bruchez s’est spécialisée dans cette thérapie afin d’aider les autres: «Personnellement, je ne fais jamais payer l’apipuncture. C’est important que l’abeille soit reconnue comme l’actrice principale. Je ne suis que la messagère qui la dépose.»

Quant au scepticisme de certains médecins? «Se faire piquer n’est pas une partie de plaisir. Si les gens reviennent, c’est qu’ils ont des résultats. J’ai eu des retours de patients et entendu des témoignages extraordinaires sur les bienfaits de cette thérapie.»

 

Encadré: INTERVIEW

Questions à Claude Pfefferlé, Médecin généraliste à Sion et apiculteur.

«Si les patients croient à l’apithérapie, c’est à cause de l’effet placebo»

Que pensez-vous de l’apithérapie?

Comme c’est une thérapie qui n’est pas scientifiquement prouvée, je m’y suis peu intéressé, car au fond je n’y crois pas. Si ses bienfaits étaient avérés, la médecine l’enseignerait et les caisses maladie la rembourseraient. Mais ce n’est pas le cas. C’est pourquoi cette thérapie reste confidentielle, connue à travers le bouche à oreille. Personnellement, j’élève mes abeilles uniquement dans une approche d’apiculteur amateur.


Quels sont les risques?

Le seul vrai risque est d’être allergique au venin d’abeille et de mourir d’un choc anaphylactique. On peut le devenir du jour au lendemain, même si on a déjà été souvent piqué. En cela, les apithérapeutes prennent un risque. Pourtant, nombreuses sont les personnes convaincues des bienfaits de cette thérapie.

Comment expliquez-vous ce phénomène?

Pour ma part, je pense que si les patients croient à l’apithérapie, c’est à cause de l’effet placebo. Mais chacun est libre de faire ce qu’il veut. 


Encadré: BON A SAVOIR

Les vertus des produits de la ruche

Le miel: Grâce à ses propriétés antibactériennes dues à la concentration de glucose, c’est un excellent cicatrisant utilisé en milieu hospitalier. Il a aussi une action positive pour le système digestif. Bon à savoir: exposé à la lumière ou mélangé à un liquide très chaud, il perd une grande partie de ses vertus thérapeutiques.

La gelée royale: Connue pour être la nourriture de la reine, la gelée royale aurait un effet
positif sur l’humeur. Riche en vitamine b5, elle fortifie le métabolisme et favorise la longévité. La substance est produite en quantité minime, ce qui explique son coût onéreux dans les commerces.

Le pollen: Récolté par les abeilles, le pollen peut être consommé par l’homme sous différentes formes. En plus d’exercer une action positive sur la flore intestinale, il permet aussi de fortifier son métabolisme. Contre-indication: les allergies au pollen.

La propolis: Résine végétale aux vertus anti-infectieuses, la propolis est recueillie par les abeilles qui s’en servent dans la ruche. Elle est considérée comme un médicament en suisse et s’utilise par exemple pour soigner les affections respiratoires, digestives et dermatologiques. contre-indication: les allergies à la propolis. 

 


Article paru dans le journal Terre et Nature

Statistiques et Crédits

Auteur | Sandra Zanelli /Egid
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Photo | NS, © Michel CAUVET/Studio-illustre.ch