Tour d'Horizon  Culture  | 24.11

AUTEUR Sandra Zanelli /Egid | PHOTOS SaZ,undefined

La future bibliothèque : un lieu de vie

La future bibliothèque : un lieu de vie La future bibliothèque : un lieu de vie

En 2014, le nouveau centre culturel de Versoix accueillera la bibliothèque. L’occasion de repenser son rôle.

La bibliothèque de Versoix c’est bien sûr d’abord quelque 28 000 livres entreposés sur des étagères et à disposition du public. Mais c’est aussi, grâce au dynamisme des trois bibliothécaires, un lieu qui s’anime régulièrement, promeut la lecture dès le plus jeune âge, propose des ateliers divers où les gens se rencontrent. Le public y est fidèle, tous âges confondus.

Or depuis quelques années déjà, la bibliothèque manque cruellement d’espace. Raison pour laquelle en 2007, la commission culturelle de la commune a souhaité l’intégrer au grand projet de construction Versoix Centre-ville qui verra le jour d’ici deux ans. Objectif : créer un centre culturel comprenant, entre autres, la bibliothèque. L’occasion pour les bibliothécaires de mener une réflexion de fond sur le futur de cet espace, à l’heure du multimédia et de la révolution numérique, mais également sur le nouveau rôle social et culturel qu’il pourrait jouer. Tour d’horizon avec Françoise-Claire Marie Wicht bibliothécaire responsable et Anne-Marie Cominetti, membre de l’équipe des bibliothécaires de Versoix.


La bibliothèque sera intégrée au nouveau centre culturel de la commune en 2014. Qu’est-ce qui va changer ?

Françoise-Claire Wicht : D’abord l’espace. Ici nous avons 220 mètres carré, tandis que le nouveau centre en fera 600 ! Nous manquons vraiment de place pour continuer à développer la bibliothèque. Les meubles pour les jeunes ne sont plus adaptés et nous ne pouvons plus rien exposer. Tous ces rayons serrés de livres : ce n’est plus l’image de la bibliothèque que nous voulons donner. L’objectif du nouveau projet est vraiment d’en faire un lieu de vie : le troisième après la maison et le travail. En plus des livres, nous voulons créer de l’espace où les gens peuvent se rencontrer et se ressourcer. Tout en assurant à la fois un rôle culturel et social, pour aider par exemple à la formation et à l’apprentissage.

Anne-Marie Cominetti : Ce centre culturel est un projet qui nous motive énormément. On pourra justement partager l’espace pour prévoir un lieu de silence, un lieu pour les tout-petits, un lieu consacré aux ateliers, etc. Aujourd’hui déjà, nous organisons des ateliers d’écriture et de philosophie, par exemple. Il ne s’agit pas de faire un cours ex-cathedra, mais de permettre aux gens de partager leur écriture, leurs lectures, leurs idées. Notre offre va beaucoup se développer pour atteindre le plus de monde possible. De plus, nous serons en face de la gare, au coeur de Versoix. Par la force des choses, nous serons amenés à nous redéfinir par rapport à Genève.


Dans quelle mesure le métier de bibliothécaire change-t-il?

F-C.W : Notre métier change sans arrêt et nous devons constamment nous adapter. J’ai parfois le sentiment de galoper derrière la technologie et l’évolution de la société. Nous suivons des formations et visitons des bibliothèques pour voir ce qu’il se fait ailleurs. Je me souviens quand j’ai commencé à exercer cette profession, il y a trente-deux ans, un registre était utilisé pour le prêt. Nous écrivions la date, le nom du lecteur et les références des livres. Chaque lecteur recevait une petite fiche avec les dates d’emprunt et de retour. Parfois ils la perdaient alors il fallait rechercher dans le registre : une démarche fastidieuse. L’informatisation a beaucoup simplifié les choses. Notre prochain virage sur le point technologique pourrait être la puce RFID (radio-identification) sur les livres. Avec l’idée du self-service, il n’y aurait plus besoin de scanner chaque livre. Ce gain de temps permettrait aux bibliothécaires de s’investir davantage pour le côté relationnel et le conseil au public.


La pratique de lecture des livres numériques se développe très vite. La bibliothèque pourrait-elle intégrer ces technologies ?

F-C.W : Nous menons une grande réflexion autour de ces nouvelles pratiques. Nous attendons justement un travail de diplôme d’un étudiant de la HES en information documentaire à ce sujet. Plusieurs questions doivent être étudiées : les droits d’auteur, les fournisseurs, les formes de collaboration, les contrats et tarifs avec ces nouveaux partenaires. Nous réfléchissons également à la possibilité de devenir une médiathèque.

A-M.C : On a déjà des demandes de lecteurs qui sont en contact avec les Anglo-saxons, bien plus avancés que nous dans ce domaine. L’idée est de louer un livre numérique en passant par le site de la bibliothèque afin de le recevoir sur sa tablette. Au bout de trois semaines les donnés s’effacent automatiquement. C’est incroyable ce qu’on peut faire à présent. Donc nous, en tant que bibliothécaires, on maintient l’offre sur papier, tout en étant conscientes de la nécessité de prévoir des ouvertures sur ces technologies.


Justement, le livre papier a-t-il encore un bel avenir ?

A-M.C : Dernièrement à l’émission « Infrarouge » de la RTS, il y avait un débat sur le succès du livre Fifty Shades of Grey. On y apprenait que ce livre a d’abord été édité en version numérique. Vu le succès énorme rencontré, des éditeurs papier s’y sont intéressés. Ils ont ensuite vendu 40 millions d’exemplaires ! Ce qui montre bien que le livre n’est pas mort.

F-C.W : Je pense que le livre numérique et le papier sont complémentaires : l’un ne va pas sans l’autre. Par exemple, une de nos jeunes lectrices a acheté une tablette numérique pour lire les classiques, tandis qu’elle vient chercher des ouvrages plus récents chez nous. La tablette est aussi utile si l’on voyage car elle a l’avantage d’être très légère. Côté multimédia, notre offre pour l’instant se limite aux livres accompagnés d’un CD pour la jeunesse. L’enfant utilise cela comme un apprentissage de lecture : il voit et entend en même temps. Chaque support amène quelque chose et tous s’enrichissent mutuellement. Finalement on tire tous à la même corde : la lecture. Peu importe la manière, l’important c’est de pouvoir lire.


Vous faites d’ailleurs des animations pour promouvoir la lecture dés le plus jeune âge. Pouvez-vous en dire quelques mots ?

F-C.W : Notre point fort aujourd’hui, c’est d’avoir lancé l’animation « Bébé bouquine » issue de Né pour lire, un mouvement destiné à lutter contre l’illettrisme et l’analphabétisme en Suisse. Il encourage les parents à lire aux tout-petits. Objectif: faire découvrir le plaisir du livre à travers le coté affectueux de la personne qui raconte l’histoire. Tout est lié au ressenti et à l’émotion. Petit à petit l’enfant va mettre du sens à une histoire. En fait, le livre permet la mise en place de la pensée chez l’enfant. Le postulat, c’est que cet enjeu du plaisir de lire aide à surmonter plus tard les difficultés de l’apprentissage de la lecture. Pour nous, c’est une base importante. Je reste convaincue que les jeunes qui ont développé un intérêt du livre ne sont pas plus tard dans les rues à faire des déprédations : ils ont d’autres intérêts.

 

Article paru dans La Côte

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Auteur | Sandra Zanelli /Egid
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