Spotlight  Mode de vie  | 02.11

AUTEUR Sandra Zanelli /Egid | PHOTOS undefined,SaZ et DR

«Nous sommes des citoyens comme tout le monde !»

«Nous sommes des citoyens comme tout le monde !» «Nous sommes des citoyens comme tout le monde !»

Forains et gens du voyage ont inauguré leur nouvelle place. Ils regrettent les préjugés qui perdurent.

 « On est enchantés de partir d’ici » s’exclame Christian Walder de l’Union des forains de Genève. Comme lui, forains et gens du voyage qui habitent le terrain exigu du Molard depuis 45 ans respirent enfin. Après des mois de travaux, la nouvelle place de la Bécassière destinée à les accueillir a été inaugurée en grande pompe le 28 septembre dernier. « Nous avons été touchés de voir que deux conseillers d’Etat ainsi que le maire de Versoix sont venus et ont fait de très beaux discours. Nous leur avons offert des carrousels miniatures, une tradition dans le monde des forains lors de grands événements. »

Aucune place pour les gens de passage

Le résultat est impressionnant : le nouveau site d’une superficie de 53’565 mètres carré, appartenant à l’Etat, est équipé d’une buanderie, un parking, un pavillon pour des sanitaires et même une salle de réunion. Dans la répartition des places, 51 sont dévolues aux forains et 46 plus petites reviennent aux gens du voyage possédant déjà un bail sur le terrain du Molard. Cette information est capitale, au regard de la polémique actuelle concernant les gens du voyage itinérants.

D’autant plus que des informations erronées circulent, comme le précise Christian Walder : « Récemment, la presse a laissé entendre qu’il y aurait des places pour des gens du voyage de passage. Ce n’est absolument pas vrai. Cela a créé dans l’esprit des gens un amalgame qui nous porte préjudice. Entre vous et nous, la seule différence est qu’on vit en caravane, sinon nous sommes des citoyens comme tout le monde ! »

La confusion vient sans doute du fait que la place du Molard abrite deux communautés, d’un côté les forains, et de l’autre les « gens du voyage », antiquaires, rémouleurs, anciens vanniers, qui sont désormais sédentarisés mais se reconnaissent une appartenance dans un mode de vie nomade ancestral. Toutes deux vivent sur le terrain exigu et inondable du Molard, depuis 45 ans.

Christian Walder: « Cela fait 20 ans que je suis délégué de l’Union des forains, et parmi les trois projets de relogement auxquels j’ai participé, celui de la Bécassière est le seul qui est arrivé à terme. Nous avons eu un très bon contact avec l’Etat et c’est un soulagement pour nous de pouvoir rester à Versoix. C’est ici que nous avons fait toutes nos écoles et que nous avons nos attaches. » Si la communauté est discrète, de part l’emplacement isolé du Molard et son style de vie semi-nomade -en fonction des foires et des festivals- on peut cependant remarquer au cimetière de Versoix des petites roulottes miniatures emblématiques sur plusieurs tombes. Un signe tangible de leur présence dans la commune depuis un peu moins d’un demi-siècle.

Oubliés pendant 45 ans

On ne compte plus les raisons qui justifiaient ce relogement. : promiscuité due aux agrandissements des familles, inondations du terrain causées par les crues de la Versoix, humidité, pollution, problèmes d’accès à un terrain sans issue, insalubrité. « On a souffert ici. L’Etat nous a planté dans ce trou en 1966, et ne s’est plus vraiment préoccupé de nous, jusqu’à aujourd’hui. Rien que pour des travaux d’élagage, nous avons eu toutes les peines du monde à faire venir quelqu’un. Idem pour le courant électrique qui n’était plus adapté aux besoins : les coupures en plein hiver n’étaient pas rares. Et puis personne ne boit l’eau courante ici. Il suffit de partir une semaine pour qu’elle devienne jaune.»

Bref, une situation qui devenait difficilement soutenable, ce que le Grand Conseil de Genève avait bien compris en novembre 2010, lors du vote d’un crédit de 12,8 millions pour un relogement. Un budget nécessaire pour développer toutes ces nouvelles infrastructures. Certes le confort a un prix et les loyers de la nouvelle place seront plus élevés que ceux du Molard: « Evidemment c’est un souci, mais cela fait 45 ans qu’on est ici : on imaginait bien que le loyer n’allait pas être le même, surtout que les prestations sont nettement meilleures», reconnait Christian Walder. Reste encore à trouver un terrain d’emplacement pour le matériel lourd des forains et régler la question des accès au terrain de la Bécassière. Le déménagement des caravanes et mobile-home est prévu pour le printemps prochain. Quant au site du Molard, il sera transformé en zone de verdure et cordons boisés.


Encadré :
Les forains : une vie semi-nomade

« On aime bien bouger et rencontrer des gens, cela casse la routine. Dans ma famille, je suis la cinquième génération de forains. C’est cette vie qu’on aime mener. D’autant que les caravanes modernes ont tout le confort nécessaire, comme par exemple une parabole, des plaques vitrocéramiques, un intérieur en bois: les gens sont souvent surpris. » Est-ce que la crise se ressent aussi chez les forains ? « Naturellement, mais on ne se plaint pas encore trop. Nous, on est au bout de la chaîne, on offre du divertissement. Le problème, ce n’est pas le manque de clients, mais plutôt les frais qui augmentent, donc nos marges qui diminuent. Cela fait dix ans qu’on est à trois francs le tour de carrousel pour enfant : un prix maximum. »

Et Christian Walder d’ajouter que les préjugés tenaces rendent le métier de forains difficile. « Quand on arrive dans une petite commune pour une fête de village par exemple, certains s’inquiètent croyant que nous sommes des gens du voyage. Or nous avons toujours des autorisations, payons les services d’eau et d’électricité et respectons les normes. »

 

Article paru dans La Côte

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Auteur | Sandra Zanelli /Egid
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