Objectif Terre  Science  | 01.10

AUTEUR Sandra Zanelli /Egid | PHOTOS undefined,SAZ,DR

Sciences:«Jetez-vous à l’eau»!

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L’Institut Forel a ouvert ses portes à l’occasion du centenaire de la disparition du chercheur

"Jetez-vous à l'eau!", scandaient les affiches pour les portes ouvertes de l'Institut F.-A Forel de Versoix, samedi dernier. Une invitation à laquelle ont répondu de nombreux visiteurs, de tout âge. En cause: le centenaire de la disparition de François-Alphonse Forel, célèbre chercheur originaire de Morges et père de la limnologie ou "l'océanographie des lacs", pour reprendre ses propres termes. Au bord du lac, les responsables avaient installé des tentes d'exposition et organisé des ateliers et visites de laboratoire, pour mieux découvrir les centres d'intérêt de l'Institut Forel.

Ce centre de recherche se trouve être un département multidisciplinaire de la section des Sciences de la terre et de l'environnement, de l'Université de Genève. "L'institut a été créé il y a trente-deux ans, dans l'optique de promouvoir les idées de Forel et son approche pluridisciplinaire de la limnologie, ainsi que d'opérer une surveillance du lac. Mais de nos jours, tout ce qu'on fait va bien au-delà de l'étude du Léman" , précise Vera Slaveykova, la directrice de l'institut. Par exemple? L'écotoxicologie. Une discipline qui consiste à étudier l'impact des polluants sur les organismes et les écosystèmes.

Ce samedi des portes ouvertes justement, dans le laboratoire de l'Institut Forel, Séverine et Claudia, deux chercheuses, expliquent au public les enjeux de cette activité de recherche en plein essor.


L'écotoxicologie: une discipline naissante

A titre d'exemple, elles montrent un bac dans lequel baignent des plantes aquatiques. Ces végétaux proviennent de Roumanie, et plus précisément d'un lac qui a subi une pollution au mercure. Quelles conséquences sur les plantes? "Sur ces plantes-là en particulier, on ne voit pas d'impact négatif sur leur physiologie. Par contre, elles accumulent le mercure qui est toxique. Comme elles sont mangées par d'autres organismes, il se peut que des espèces sensibles disparaissent. Sur le site contaminé de Roumanie par exemple, on compte très peu d'insectes volants et aucun grand poisson carnivore" , explique Claudia. Actuellement, les normes tolèrent 5% d'espèces qui disparaissent. Au-dessus, on considère que l'écosystème est trop affecté et on prend des mesures.

Un autre domaine de recherche très tendance concerne les nanoparticules. Ces polluants émergeant, comme les nanoparticules d'argent, se retrouvent par exemple dans les vêtements traités avec des antimicrobiens. Une chaussette à la lessive et c'est une kyrielle de nanoparticules qui sont libérées dans l'environnement. Quel impact? Nul ne le sait encore. La question est pourtant capitale à l'heure où des sommes d'argent considérables sont en jeu dans ce marché à forte croissance.

La science a aussi été mise à la portée des enfants lors de ces portes ouvertes. Au programme: plusieurs activités ludiques leur permettant de s'initier au travail de chercheur. Ici, l'atelier "Passe ton diplôme d'écotoxicologie" leur donnait une idée des tests effectués pour étudier la qualité de l'eau.


Les monstres de la Versoix

Un peu plus loin, l'atelier "Découvre les monstres de la Versoix" mettaient sous la loupe les petits invertébrés vivant sur les sédiments, tout un monde aquatique à l'abri des regards. Pour les enfants plus âgés: le nettoyage de l'eau sale et la découverte de plusieurs éléments préhistoriques retrouvés dans des sédiments comme l'épeautre et le blé faisaient partie des activités à choix.

Mais au fait, comment se porte l'eau du Léman? "Bien!" , estime Vera Slaveykova. "Dans les années 1970 et 1980, il y avait des problèmes d'eutrophisation. C'est-à-dire que la floraison excessive d'algues engendrait un manque d'oxygène pour les autres espèces. La cause principale était la concentration élevée de phosphates et de nitrates dans l'eau." Depuis, de nombreux efforts ont été faits pour réduire ces substances et améliorer le traitement de l'eau.



FRANÇOIS-ALPHONSE FOREL, UNE VIE CONSACREE AU LAC

Si le lac Léman est connu mondialement parmi les scientifiques, c'est que François-Alphonse Forel y a largement contribué. Né en 1841, le futur chercheur est initié à la science par son père, à l'âge de 13 ans, en participant aux fouilles des stations néolithiques subaquatiques de Morges. Après une formation universitaire dans les sciences naturelles, Forel exerce un temps le métier de professeur à l'Université de Lausanne, avant de se consacrer entièrement à la recherche.

On lui doit une monographie colossale sur le Léman, publiée en 1894. Il y pose alors les bases de la limnographie, ou étude des lacs. Parmi ses contributions à la science: l'explication du phénomène des seiches lémaniques (vagues ou ondes stationnaires). Pour ceux que cela intéresse, une conférence sera justement donnée à ce sujet ce soir de 18h à 21h au Musée d'histoire des sciences, au parc de la Perle du lac, à Genève.


Article paru dans La Côte

Statistiques et Crédits

Auteur | Sandra Zanelli /Egid
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