Spotlight  Société  | 21.06

AUTEUR Sandra Zanelli /Egid | PHOTOS SAZ

Le nouveau visage de la Pelotière

Le nouveau visage de la Pelotière Le nouveau visage de la Pelotière

Longtemps décrié, le quartier s’ouvre sur Versoix

« Nous sommes là pour parler du futur de la Pelotière. Si on regarde vers le passé, on n’avancera jamais. Maintenant nos enfants sont fiers de dire qu’ils viennent de ce quartier », s’expriment d’une seule voix deux membres de l’Association des Habitants de la Pelotière (AHP), un quartier de Versoix sur lequel on a versé beaucoup d’encre. Comme tous les résidents du quartier, elles ont encore en travers de la gorge l’émission de Temps Présent intitulée « La Cité Maudite », un reportage réalisé en 2005 qui a « contribué à véhiculer une image très négative du lieu et de ses résidents ».

Aujourd’hui, force est de constater que le quartier de la Pelotière s’est bien amélioré. « On a célébré nos quinze ans l’an passé, avec une grande fête un peu champêtre, des joueurs de cors des Alpes et des lanceurs de drapeau. Nous avons ouvert le quartier pour montrer que nous étions comme les autres. Le bouche à oreille aidant, les gens qui ne nous adressaient pas la parole du fait que nous habitions ici, se sont mis à nous parler. Ils trouvaient notre fête formidable », poursuit un membre de l’AHP.


Un quartier en vase clos

Les efforts réalisés ces dernières années par l’association de quartier composée de sept femmes visent un but : ouvrir le quartier vers l’extérieur, balayer les vieilles rumeurs et les préjugés et redorer l’image du lieu. Pas une mince affaire quand on connaît l’histoire de ce quartier qui reste « un des plus précarisés du canton », selon les termes de Charles Beer, chef du Département de l’instruction publique (DIP), en visite à Versoix en avril dernier.

Bref retour en 1996, lors de sa construction.Devant la réticence des autorités de Versoix à déclasser un terrain destiné aux villas pour y construire un quartier de 270 logements sociaux, l’Etat de Genève conclut un marché : en échange de la Pelotière, la commune pourrait construire un quartier d’affaire au lieu dit Fleur d’Eau en bordure de la Route suisse. Un projet mirobolant qui n’a jamais vu le jour, tandis qu’à l’extrémité de Versoix, sous les avions, entre le chemin de fer et la route, un imposant complexe en béton se construit. Dans ces habitations aux loyers HLM et HBM, on place des familles issues d’une soixantaine de nationalités différentes. Ni commerces, ni jeux, ni centre de rencontre, ni école ne sont construits pour améliorer le quotidien des habitants.

Certains parlent alors de « ghetto» et les rumeurs vont bon train. La mauvaise réputation suit. « Bien sûr qu’il y a eu des hauts et des bas. Mais la configuration du quartier fait qu’on est en vase clos : dés qu’il y a un problème quelque part, tout le monde est au courant et on pointe du doigt la Pelotière. Alors qu’il n’y a pas plus de problèmes qu’ailleurs », analyse une membre de l’AHP. 


Prévention précoce

La commune a vite compris l’urgence de pallier les besoins des habitants en matière d’infrastructures, en favorisant plusieurs projets ces dernières années. La jeunesse en particulier est au centre des attentions. Et pour cause : sur 877 habitants du quartier, 432 ont moins de 26 ans. Le Café-Rencontre, par exemple, est un espace de socialisation pour les jeunes de 12 à 25 ans. Il est géré et animé par les travailleurs sociaux hors mur (TSHM), qui y font un travail éducatif et social. Plus loin, un Agorespace -sorte de terrain multisports-a été installé.

Pour les plus petits, la Villa YoYo (Centre de rencontres des Unions chrétiennes de Genève) offre un soutien scolaire et organise des bricolages, des jeux, des activités sportives et culturelles. Ayant aussi pour mission la prévention précoce, l’intégration des enfants de migrants et l’apprentissage de la vie communautaire, la Villa joue un rôle primordial dans le quartier. Pas moins d’une quarantaine d’enfants s’y rendent chaque jour. Cédric Lambert, conseiller administratif : « Un des rôles supplémentaires de la Villa YoYo est d’accueillir ces enfants pour qu’ils s’ouvrent sur le quartier et développent des liens entre les familles. Etant éduqués ici, et parlant le français, ils jouent un rôle essentiel dans un quartier à fort taux de migrants dans lequel cohabitent des habitants issus de différentes cultures et langues. »


« Passerelles pour la Pelotière »

De même que faire participer la jeunesse à la réalisation des projets du quartier est devenu monnaie courante. Motif ? De ce fait, les jeunes s’approprient le lieu et le respectent davantage. Les acteurs qui œuvrent pour le bien du domaine, comme l’AHP, la Villa YoYo et le Café-Rencontre, l’ont vite compris. Ainsi, les 24 jardinières en béton de la cour ont été peintes en 2010 par les enfants du quartier pour égayer l’aspect terne des bâtiments.


Dernier projet en date à la Pelotière : la création de dix-huit jardins familiaux sur un terrain mis à disposition par la mairie. Une autre occasion de faire participer les enfants puisque deux parcelles sont dévolues à la Villa YoYo. Ces potagers constituent un premier volet du projet « Passerelles pour la Pelotière » co-financé par le Canton et la Confédération. « Ce projet vise à créer une meilleure liaison entre le quartier de la Pelotière un peu excentré et la ville de Versoix, ses équipements et activités. D’ailleurs, de nombreux développements sont prévus à proximité, notamment au quartier de la Scie avec un nouveau centre commercial et au quartier du Molard quand les forains auront déménagé. Toute une réflexion est à mener avec les habitants autour de ces nouveaux lieux de vie », explique Cédric Lambert.


Article paru dans La Côte

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Auteur | Sandra Zanelli /Egid
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